Jeune femme fantasque, originale, son plus grand souhait, c'était une petite fille. On peut dire, alors, que j'ai eu la chance d'être un enfant désiré. Elle était du genre désorganisé, le petit appart minuscule, en bordel, pleins de linge sale et des piles de livres qui sétalaient à perte de vue sur les étagères. Pleine d'idéaux, de grandes idées, mais toujours incapable de les réaliser, incapable de tenir ses engagements aussi. C'est pour ça, peut-être qu'elle n'a jamais été fichu de garder un boulot, ni un mec d'ailleurs. Mais je crois qu'en fait elle l'a jamais vraiment voulu. Elle voulait sa liberté, elle vivait du RMI,c'était rien mais sa lui suffisait. Manquait qu'une seule chose à son bohneur, moi bien sur ^^.
Elle était sociable aussi. Elle aimait accoster les gens, à une terrasse, et armée d'un grand sourire leur parler de tout et de rien. De temps en temps elle avait des aventures, rien de bien méchant. Durant l'année de ses 32 ans, elle connu plusieurs hommes et au bout d'un moment, se rendit compte qu'elle n'avait plus ses règles. Elle attendit 3 mois histoire de ne pas être tentée d'avorter, puis le verdict tomba : j'étais là. Elle m'a souvent raconté quelle merveilleuse période a été sa grossesse, sans s'embarasser des nombreux détails techniques et m'a dit que le jour de l'accouchement avait été a la fois le plus merveilleux et le plus douloureux de sa vie. Ils ont failli lui faire une césarienne mais étaient encore en train d'hésiter quand je suis arrivée, les pieds d'abord ^^, petit bébé de 2 kilos seulement. Elle n'avait pas réfléchi au prénom, qui lui est venu spontanément, le même que celui d'une des héroïnes de Kafka..
Mon enfance aura quand même été pour l'instant les plus beaux moments de ma vie. L'absence de père, je n'en souffrais pas, et hormis le fait que la première question complète que j'ai formulée à l'age de 2 ans fut : Il est où papa ? je ne mettais pas souvent le sujet sur le tapis. J'ignorais moi-même si elle savait véritablement qui il était, elle me parlait d'un Daniel, photographe, poilu, et de bien d'autres ..comme si je devais considérer la totalité de ses aventures comme des pères potentiels. Elle était ma mère, pour le pire, comme pour le meilleur. Elle passait dans son lit des journées entières, elle sortait des fois les nuits, et moi je me réveillais, j'avais peur, je hurlais. Elle ne travaillait pas et on devait faire face aux difficiles fins de mois. Mais autant elle était instable, désorganisé, autant chaque jour était différents des autres. Elle suivait chacune de ses envies, elle pouvait très bien me réveiller, à 5 heures du matin, avec des petits pains tout chaud et un nouveau vélo, et le lendemain on mangeait des croutons de pains .. Je me souviens quand j'étais encore toute petite, elle allait à l'un des bars de la vieille ville, se poser avec ces potes, et me laissait dévaler les rues toute seule, avec ma promesse de ne pas aller trop loin. On ne savait jamais à quoi s'attendre avec elle. Elle avait ces bistrots, ces terasses préférées dont elle en conaissait tous les serveurs, les habituées, qui m'offraient des glaces gratuites, et m'apellait par des ptits noms tous différents. C'était comme si j'avais une dizaine de papa dispersés un peu partout ^^. Je menais une vie, peu sécurisante alors, mais palpitante, et puis je l'aimais tellement ..
Mais petit à petit, tout à changé . Je pourrais vous raconter encore toutes sortes de péripéties passionantes, mais l'article serait trop long ^^. Elle est devenu instable psychologiquement, paranoïaque, maniaco-dépressive.
Elle pouvait être parfaitement normale, et puis ensuite péter les plombs, commencer à me parler des juifs, des arabes, des catholiques qui nous en voulait à mort. La plus grosse crise qu'elle m'ait faite a été en rentrant des cours, en 6e. Elle avait fait toute nos valises, mis toutes les peluches, les bouquins dans des sachets, et m'a annoncé qu'il allait y avoir un incendie . A onze ans, j'ai dû la calmer, comme si elle était ma mère et moi, sa fille. Il arrivait qu'à certains moments, elle commencait à me faire peur, me parlait de ses délires. Moi je lécoutais, la rassurais, mais c'était pas le role d'une petite fille. C'était difficile, parce que tantôt elle allait bien, faisait des folies, était plus que super, tantôt elle entrait dans des délires paranoïaques, des coups de déprime,de panique. Bien sûr je cherche pas à me faire passer pour un martyre. A ses côtés, chaque moment avait au moins le mérite d'être d'une intensité exceptionelle. Dans les pires des cas, il lui arrivait de lever la main sur moi, aussi, mais alors, c'était plutot ses regards, ses mots qui m'effrayaient que ses coups. L'heure d'après je la haissais mais elle regrettait toujours, elle agissait comme si rien ne s'était passé, redevenant à nouveau la mère géniale qu'elle savait être. Et je ne pouvais faire autrement que de lui pardonner, parce que je l'aimais, envers et contre tout. Dans ces moments noirs, il lui arrivait aussi de crier qu'elle ne voulait plus de moi, que j'irais a la DDAS. Un jour elle m'a empoigné, complètement hystérique et est allé au commissariat. Je devais avoir neuf ans. Elle a gueulé pendant des heures qu'elle voulait plus de moi, moi j'étais dans une petite pièce a coté avec un jeune policier qui savait plus quoi faire pour me consoler. Y a pas eu de suite à cette histoire, elle s'est calmée, excusée, puis tout a continué comme d'habitude. Ses coups de gueule duraient jamais bien longtemps. Mais ce genre de pétage de plomb, plus les cours où ils avaient bien compris que ma mère était tout de même assez space, ça a fait qu'on nous a collé des educs qui passaient de temps en temps, des assistantes sociales aussi. Comme je le répète, ma vie, c'était pas un enfer perpétuel, loin de là. Juste, de temps en temps des moments difficiles.
Mais au début de ma 5e, elle a pété une pile devant l'éducatrice. L'éduc la prise au sérieux, pour une fois. Mais là, au moment ou j'écris, trois ans plus tard, ça fait un mois que j'ai eu son dernier appel, et avant ça un an que je ne l'avais plus vu. J'aurais du aller dans un foyer d'accueil, mais ma grand-mère a proposé de me prendre en charge et ils ont accepté. Au début ma mère m'écrivait tout le temps. Elle est allé vivre au Sud un an et je suis allée la voir deux fois pendant les vacances. Mais petit à petit on a perdu contact. A l'heure à laquelle je vous parle, ça fait un an qu'on s'est plus du tout parlé. Et j'ai vraiment honte de moi-même parce que c'était un soulagement de la quitter, alors qu'elle, ça l'a déchiré. Du coup je culpabilise d'êtreussi heureuse maintenant alors qu'elle elle est toute seule. Maintenant elle n'a plus de repère, elle vit encore plus au jour le jour, elle se laisse doucement couler dans la déprime. Et vous voulez que j'vous dise ? Je crois que je m'en fous. Et ça me fait mal, sans doute plus encore qu'à elle si elle le savait.
.